4 ingrédients d’un Best Of

Pour la 3e année, le festival du cinéma espagnol de Nantes m’a proposé de réaliser le film des meilleurs moments du festival.

En quelques chiffres, il y a une cinquantaine d’artistes/partenaires/personnalités à présenter, une dizaine de lieux emblématiques, les cérémonies d’ouverture et de clôture, les soirées spéciales, le palmarès…

Voici quelques règles que j’essaye de garder en tête pendant le tournage pour me faciliter le montage.

1 – La règle des 3 fois 10 secondes

Cette règle consiste à maximiser les options de montage lorsque l’on shoote un plan. Il s’agit, une fois qu’on a choisi la place de la caméra, de réaliser un panoramique de 10s vers la droite, un plan fixe de 10s, et enfin un panoramique de 10s vers la gauche. On disposera alors non pas d’une seule solution mais de trois plans pour le montage.

2 – Les plans symétriques

Avec le nombre de personnes et de moments à présenter, et pour éviter de dépasser les 6 minutes, on arrive naturellement à des plans courts (2,5 secondes en moyenne pour 130 plans). Le problème de la succession des plans courts dans un montage un peu cut est le ras le bol. J’essaye donc dés que je le peux de cadrer des plans de manière très symétrique qui permettent de reposer un peu l’oeil.

Capture d’écran 2014-07-08 à 17.26.03

Capture d’écran 2014-07-08 à 17.27.29

Capture d’écran 2014-07-08 à 17.27.54

Si la construction de l’image n’oriente pas assez le regard (et le perturbe donc), il est possible de jouer en post-production sur les contrastes (l’oeil est attiré vers les zones de plus fort contraste).

3 – La puissance du sourire !

Il m’est arrivé de nombreuses fois de filmer une personne qui s’exprimait face à une assemblée, dans une ambiance drôle ou en tout cas positive et pourtant de ne pas réussir à rendre compte de cette ambiance. Je pensais ( à tort ! ) que le spectateur sentirait l’ambiance qui entoure le cadre du plan. Évidemment non, surtout avec des plans courts, on se dit simplement qu’une personne qui sourit traduit une bonne ambiance et qu’une personne qui a le visage fermé s’ennuie ! La solution consiste donc à s’entêter à ne pas quitter son cadre tant qu’on n’a pas obtenu de la personne filmée un visage à l’image de la situation. Pour exemple, lorsqu’Alex de la Iglesia se prêtait au jeu de la séance de dédicaces de son livre, il était concentré sur ce qu’il écrivait et il avait naturellement un visage concentré. Hors contexte, on se disait qu’il ne passait pas un bon moment. J’ai donc attendu qu’il tende le livre à son lecteur et il lui a souri. Le résultat est plus serein.

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4 – Admettre qu’on ne peut pas être partout

Les présentations de films sont des moments relativement courts. Vouloir être partout pour alterner plan large, plan serré, champ/contrechamp est, je crois, la meilleure solution pour avoir plein de plans ratés. Quand Javier Camara et David Trueba sont venus présenter leur dernier film, je me suis dit que les applaudissements allaient être très forts. Je savais aussi que j’avais une interview planifiée le lendemain avec Javier Camara, j’allais donc le filmer en plan rapproché. J’ai alors assumé pour la séquence au Katorza d’être en plan large sans détail sur leurs visages mais avec l’ensemble de la salle et des applaudissements.

Capture d’écran 2014-07-08 à 17.28.45



Conclusion

Voici donc quelques règles que je garde en tête pour ne pas avoir trop de difficultés à monter ce type de film dit  » Best of  » :

Trois plans au lieu d’un, des cadres les plus lisibles possibles, des visages en adéquation avec les ambiances, et enfin choisir ma place et renoncer à d’autres.

Plus d’infos sur le festival : http://www.cinespagnol-nantes.com

Agnes Roze – entre cinéma et internet

 

Je viens de réaliser un nouveau portrait, celui d’Agnes Roze, restauratrice de tableaux, à Nantes. Je profite de ce post pour la saluer, et remercier Cécile Guinement (ma nouvelle collègue ! ) qui nous a mis en relation.

J’ai choisi pour ce film le format 2.00:1

C’est quoi le format 2.00:1 ?

Agnes Roze - 2-00

Cela caractérise le ratio entre la hauteur et la largeur du plan. Avec le format 2.00:1, le ratio est de 2 ; autrement dit, la largeur représente deux fois la hauteur.

Pour un format 16/9 (également nommé 1.78:1 parce que 16/9 = 1,78 ! ), la largeur mesure 1,78 fois la hauteur ; voici ce que ça donne :

Agnes Roze - 1:78

Ce format est généralement appliqué en télévision.

Au cinéma, on utilise plus souvent le ratio « cinémascope « , autrement nommé 2.35:1 (la largeur mesure 2,35 fois la hauteur du plan), cela ressemble à ça :

Agnes Roze - 2.35:1

Il existe tout un tas d’autres formats avec par exemple le 4/3 qui après quelques années de mise à l’écart, fait un retour en force, voir certains plans du  » Grand Budapest Hotel  » pour ne citer que lui.

Capture d’écran 2014-03-24 à 23.09.57

Qu’est ce qui fait le charme du 2.00:1 ?

Ce format se développe actuellement avec les séries américaines, comme  » House of Cards.  » David Fincher explique que la différence entre télévision et cinéma s’estompe d’année en année. C’est vrai qu’on imagine facilement un de ces épisodes projeté au cinéma.

House-of-Cards-S1-BD_15

Or ces séries sont diffusés sur le net ou à la télé, et non au cinéma, donc sur des écrans 16/9. Et le format cinémascope (2.35:1) a du mal à respirer sur un écran d’ordinateur. Les deux bandes noires au dessus et en dessous de l’image ont tendance à bouffer le cadre (surtout pour les plans qui ne sont pas filmés au grand angle).

Le format 2.00:1 apparait donc comme une alternative à mi chemin entre cinéma et télévision.

Et pour revenir au portrait d’Agnes Roze, il sera vu à priori uniquement sur le net. J’ai donc fait le choix de ce format 2.00:1 que je trouve à la fois très cinématographique, tout en conservant une faculté à ne pas être écrasé par un petit écran.

Comment réaliser ce format ?

Je ne sais pas si des objectifs type  » anamorphique  » existent pour filmer directement en 2.00:1, en tout cas, je n’en ai pas ! J’ai des objectifs classiques  » micro 4/3  » que j’utilise sur un Lumix GH3. C’est donc en post-prod que je réalise ce recadrage par la méthode dite du letterbox.

Voici les réglages que j’utilise :

Capture d’écran 2014-03-24 à 17.32.29

Comme le format 2.00:1 n’est pas prédifini dans FCPX, je définis un letterbox d’Aspect Ratio 1.85:1, et je modifie la bordure de 0 à 3,5. C’est un peu de la bidouille, mais c’est en attendant qu’Apple modifie son logiciel.

Capture d’écran 2014-03-24 à 17.32.34

Le format 2.00:1 jusqu’à quand ?!

Il n’y pas longtemps que j’ai compris que le lieu de diffusion (cinéma, télévision, écran d’ordi, écran de téléphone) influençait jusqu’à la forme même de l’oeuvre. Pour ce qui est du cinéma  » domestique  » , je pense aujourd’hui que le format 2.00:1 est le plus adapté. Je me souhaite néanmoins de tourner le plus possible en 2.35:1, cela signifierait que je tourne majoritairement pour ce que je considère comme étant le meilleur endroit pour voir les films : le cinéma !

Mais on peut peut-être imaginer à l’avenir que les films seront tournés dans des formats compatibles à tout support, et que ce sera le spectateur lui-même qui choisira. Le spectateur aux commandes, tout cela est bien contemporain…

Forme toi, et communique !

Une partie de mon métier consiste à réaliser des images, les plus esthétiques possibles. Je passe donc pas mal de temps à tester mon matériel avec des réglages que j’ai pu découvrir sur différents sites internet. Et quitte à se former, autant montrer ses tests.

Matériel

Je suis actuellement équipé pour l’image d’un Lumix GH3, avec 3 optiques : 14-140 mm LUMIX, 20 mm LUMIX, et 25 mm VOIGLANDER. J’ai également deux filtres gris ND8 ND400 et un filtre gris variable.

Post-prod

La post-prod est faite sur un Mac book pro équipé de FCPx avec un plugin additionnel Film Convert.

Résultat

Les tests sont visibles sur la page Vimeo https://vimeo.com/thomasraultextras :

Vimeo