Depuis que je suis réalisateur, je n’ai utilisé que des outils numériques, avec en particulier pour la vidéo les appareils photo reflex type canon 5D ou lumix GH… Fréquemment, j’entends des réflexions comme « le numérique c’est froid » ou  « ça n’est pas aussi vivant que l’argentique ». J’ai donc voulu me confronter à la réalité du film. Avant de parler de film pour le cinéma, il fallait commencer par le commencement : le film photographique.

J’ai alors fait une infidélité à mon (excellent) photographe de père Alain Rault en passant une journée avec Emmanuel Ligner. Ce photographe vient de créer l’atelier du primitifC’est un studio photo et un laboratoire argentique dédié aux techniques noir et blanc, anciennes et alternatives.

Au delà de la découverte de techniques pour moi inconnues, l’idée était donc de confronter le pixel et le grain.


Découverte du sténopé et du film Washi

On a commencé la journée avec la découverte du sténopé. C’est une petite boîte dont l’une des faces est percée d’un trou minuscule qui laisse entrer la lumière. Grosse claque avec l’impression de manier l’appareil photo le plus simple au monde avec néanmoins des valeurs techniques auxquelles je ne suis pas habitué (ISO 6, un diaph à 120, temps de pose de 12 secondes). Emmanuel me propose d’utiliser un film Washi qu’un ami à lui vient de mettre au point.


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Pour cette série de photos, on n’a fait que le développement du négatif, pas de tirage. Pour obtenir les photos qui suivent, on a numérisé les négatifs, inversé les noirs et blancs et voici le résultat.


autoportrait église moi en ancien algérie thomas grand portrait à la cigarette vierge M


Le premier apprentissage de cette journée dans le rapport entre pixel et grain n’est pas lié à leur taille, leur dimension. Il s’agit plutôt de leur répartition qui fait pour moi la différence. La répartition des grains est aléatoire sur la photo. Celle des pixels est un maillage régulier, parfait, et donc un peu moins humain. 


Tirage d’une photo numérique

Emmanuel m’avait proposé de ramener une photo numérique pour que l’on travaille sur son tirage. J’ai choisi une photo de deux vaches que j’ai prise cet été en Irlande. Pour en faire un tirage argentique n&b, on a scanné cette photo, on l’a passé en noir et blanc, inversé le noir et blanc pour créer le négatif, et on a imprimé sur papier transparent ce négatif.

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J’ai alors pu faire mon premier tirage contact à l’agrandisseur. Première étape, créer une planche étalon avec des temps d’exposition à la lumière échelonnés par intervalles de 2 secondes. Une fois que le choix du temps d’expo est calibré, on envoie la totalité du négatif (en l’occurence ici 6 secondes). Le tirage est fait sur un Ilford 300 grammes.


P118067328 P118067729 P118068232 P118068533 P118068634 P118068735Planche étalon 

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La chambre photographique avec papier positif

Emmanuel me propose ensuite de passer à la découverte de la chambre photographique. Je pense tout de suite aux classiques comme la France de Raymond Depardon

Capture d’écran 2015-10-16 à 14.59.20P118069541 P118070042 P118070143 P118070645

Je découvre alors qu’il est possible de développer directement sur du papier positif. L’absence d’agrandisseur rend la tentative unique. Pas de possibilité de refaire avec d’autres réglages. Il n’y a qu’un essai. Et c’est là le deuxième grand apprentissage de la journée : l’argentique rend le geste photographique plus fragile, et donc sans doute plus apprécié.

Voici donc le portrait qu’Emmanuel a fait de moi.


Thomas Rault



Le portrait sur plaque de verre : le collodion humide

Alors là, attention ! Toujours à la chambre, Emmanuel réalise des portraits sur plaque de verre qu’il rend photosensible en appliquant un mélange de collodion et de nitrate d’argent. La manipulation est ultra délicate, tant chimiquement que photographiquement. Cette technique consiste à créer un négatif humide (qu’il faut développer dans les minutes qui suivent la photo), sous exposé et qui devient positif lorsqu’on le regarde sur fond sombre !

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Bilan

Pour commencer, si vous voulez vous payer une journée à découvrir ces techniques dites primitives, faites vous plaisir avec Emmanuel ; il est techniquement au top et ultra cool.

Pour ce qui est de la question de base : argentique / numérique ? Ça me semble impossible pour l’instant d’introduire cette dose de fragilité du matériel dans mon travail. Le rapport au temps y est aussi totalement différent. Mais qui sait ? Peut être que je perds aujourd’hui du temps à shooter des scènes inutiles en me disant que cela ne coute (quasiment) que du temps. L’argentique oblige sans doute à faire des choix plus drastiques. Il amène en tout cas indéniablement une chaleur, une touche organique de part la disposition aléatoire de ses grains, qui m’a beaucoup séduit.

La révolution des appareils photos numériques de la fin des années 2000 laissera peut être la place à une nouvelle révolution sur le rapport que l’on entretient avec la fabrication des données : le moins mais mieux est sans doute le prochain changement. J’en avais pris conscience avec le vin, c’est maintenant aussi le cas avec la photographie.

Affaire à suivre, donc.

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