AU DOS DE NOS IMAGES – Luc Dardenne // livre

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Si j’écris ces notes à la première personne du singulier, je sais qu’elles sont écrites à la première personne du pluriel. Mon frère. Je ne pourrais pas faire ce film sans lui et il ne pourrait pas le faire sans moi. Ses questions sont les miennes. Souvent ce sont elles qui me poussent à écrire ces notes comme le transcripteur d’une réflexion, d’une pensée partagée. C’est la même chose pour le scénario. Je tiens la plume mais elle écrit à deux mains. […] Que nos images ne soient pas un destin. Qu’elles arrachent les volets de la chambre mortuaire où nous étouffons. Qu’elles ne tombent pas dans la caricature qui enferme les personnages. […] Habiter un petit pays comme le nôtre. Ne pas fréquenter le milieu du cinéma. L’isolement nécessaire. […] Revenir aux corps, aux accessoires, aux lieux, aux murs, aux portes, au fleuve. Partir du  concret, pas des idées, ou alors attendre que l’idée soit oubliée et qu’éventuellement elle revienne comme quelque chose de concret qui en est la trace. Les moments essentiels pour l’écriture de nos scénarios sont ceux passés à oublier les idées. […] Luc Dardenne

La caméra cherche à suivre, n’attend pas, ne sait pas. Leur concept récurrent est peut-être « un jeune homme ne sait pas pourquoi il fait ce qu’il fait, il apprend ce qu’il ne sait pas ». « Le faux comme accès au vrai » : je ne comprends pas cette réflexion fréquente sur le besoin de passer par le faux pour raconter le vrai (exemple : le havre de Kaurismaki). Dardenne dit à ses personnages : « arrête de pleurer, va jouer avec les autres ». Il insiste sur “où mettre la caméra” comme la chose primordiale. Qu’est-ce que je montre ? Qu’est-ce que je cache ? À propos des séries télé : « hallucinant, tout geste est accompagné de parole ». L’image n’existe pas. Emmanuel Levinas et la place d’autrui, le face à face, le visage : “ Pourquoi raconter des histoires ? Pour ne pas avoir peur tout seul dans le noir.”  “Quand on pardonne à quelqu’un, on a plus besoin de se protéger contre lui. Tel est la nature du pardon. ” Russell Banks, Affliction. Il y a plusieurs réflexions de Luc Dardenne qu’il écrit comme des relations évidentes que je ne comprends pas. Exemple : « l’homme est ce qu’il n’est pas, il n’est jamais ce qu’il est. » Par contre, je suis d’accord avec « pas d’histoire sans souffrance, sans modification, changement. » En parlant de l’écriture de Rosetta, ils ne veulent pas montrer les rapports de causalité, mais montrer Rosetta telle qu’elle est ici, là ; cet agir là construit un univers, une épaisseur. Il répète également “ être avec un personnage, c’est refusé de prendre la distance avec le dialogue.” Cette reflexion est importante pour ne pas donner trop de distance à un personnage en refusant le basique, le simple.

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